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Introduction
Par Mathieu Gauthier et Sandria P. Bouliane

Musique, justice sociale et reconnaissance

​Dans le dernier numéro de L’Écouteur, Vanessa Blais-Tremblay a rassemblé des articles portant sur des artistes ou des groupes s’étant servi de la musique pour aborder des questions de justice sociale. On se demandait alors pour quelles raisons et de quelle manière un groupe ou un·e artiste parvient à créer une musique ayant pour but de contester le statu quo. On se questionnait sur ce que les artistes cherchent à accomplir par le biais d’un art de la protestation. On a aussi cherché à comprendre comment les paramètres identitaires et politiques affectent la manière dont les gens écoutent, interprètent et évaluent la musique. Dans le présent numéro, les enjeux soulevés par les mouvements sociaux se regroupent autour de différentes formes de mépris et des luttes pour la reconnaissance, mais toujours en prenant appui sur la musique. 
Parce qu’étant incarnée dans la vie sociale et politique, on comprend mieux aujourd’hui comment la musique contribue au climat social et forge les identités collectives. Plusieurs chercheur·euses et théoricien·nes (Adorno, Born, Cusick, Frith, Hall, McClary, Pasler, Thornton, Stokes, Small) ont exploré de différentes manières le fait que la musique soit un reflet des tensions sociales et un vecteur important de changements culturels, politiques et moraux d’une époque donnée. La musique incarne parfois la prise de conscience aigüe des injustices et des souffrances sociales. Par exemple, Robin D. G. Kelley aborde le lien entre la musique populaire et la lutte pour la reconnaissance dans son ouvrage Freedom Dreams: The Black Radical Imagination (2002). Bien que cet ouvrage ne soit pas exclusivement consacré à la musique populaire, il montre comment la musique et d'autres formes culturelles ont joué un rôle important dans la formation de l'imagination radicale noire et dans la lutte pour la reconnaissance politique et sociale. 
​Par l’empathie devant l’expression de cette expérience du mépris, par le récit de ce qui ne peut se faire entendre autrement, la musique permet de faire voir «ce qui ne va pas». Or, l’invisibilité est souvent le résultat d’une structuration singulière de la société elle-même dans laquelle les membres favorisés par cette dernière demeurent trop souvent «aveugles» à cette souffrance et à la légitimité des revendications. Lorsqu’on ne peut pas se faire entendre par les canaux officiels, il faut trouver d’autres moyens pour dire les choses, pour brasser la cage, pour réclamer des droits et le respect. La musique permet ici à deux individus évoluant dans des milieux différents de se rencontrer poétiquement, politiquement et symboliquement par le biais de sa médiation. Lorsque la musique fait «événement» dans l’histoire d’une société, elle retient alors l’attention collective et acquiert une signification nouvelle. Elle devient une source pour penser le présent et pour changer « ce qui ne va pas ». La musique est bel et bien émancipatrice.
​Certaines chansons sont des appels au changement, elles expriment le ras-le-bol, réclament la fin d’une forme ou l’autre de souffrance devenue si insupportable que des voix s’élèvent en faveur de l’action pour l’émancipation. Par la musique, le mépris social trouve une visibilité médiatisée. Le musicien ou la musicienne traduit sa manière de voir une situation singulière et l'objective sous forme de récit. Ce récit (s’il est convaincant, s’il suscite l’émotion, s’il est rassembleur) peut procurer une forme de catharsis, et ainsi permettre la rencontre avec l’autre, créant un espace commun. 
​Les articles proposés dans ce numéro s’intéressent aux phénomènes qui permettent de voir comment la musique entre en relation avec des événements sociaux ponctuels. Plus précisément, ils portent sur le fait que la création, la diffusion et la réception de la musique se font dans un contexte où les obstacles à l’émancipation sont parfois criants, évidents et incontournables. La socialité de la musique se manifeste dans les marches, dans les émeutes, dans les chants des opprimés, dans un concert, et dans les œuvres elles-mêmes, comme autant d’occasions de lutter contre les différentes formes de mépris ou d’oppression. 
​Dans le premier article de ce numéro, Mathieu Gauthier soutient que la musique, loin d’être une simple expérience individuelle, constitue un fait social et culturel majeur. La musique exprime, façonne et transforme les pratiques, les identités et les structures d’une société, jouant un rôle de cohésion, de contestation et de transmission des sensibilités d’une époque. En deuxième partie du texte, l’auteur interroge le rôle des luttes pour la reconnaissance dans la transformation des structures sociales. 
​Ensuite, deux articles portent sur les liens incontournables entre la musique et les « marches » en tant que symbole historique de gestes collectifs de reconnaissance. On y trouve exposés des liens entre le Civil Rights Movement et la musique étatsunienne. Un troisième texte porte également sur le racisme et la révolte des communautés marginalisés en Californie. 
​Dans le premier de ces textes, « L’assassinat de Martin Luther King Jr. en quatre hommages musicaux », Sandrine Larose rend compte de l’influence sur la musique de l’assassinat de Martin Luther King Jr. et des efforts pour la reconnaissance des droits civiques des Afro-Américains. En présentant «Why? (The King of Love Is Dead)» (1968) de Nina Simone, «Happy Birthday» (1981) de Stevie Wonder, «Letter to the King» (2008) de The Game et Nas, «Glory» (2014) par John Legend et Common, ces chansons forment des hommages posthumes au courage d’un grand homme et d’une collectivité qui réclameront la fin de la ségrégation. Comme l’autrice l’exprime d’entrée de jeu : « Certaines personnes marquent plus que d’autres le cours de l’histoire et il arrive que des chansons les honorent longtemps encore après leur décès ». 
​Dans le second, « De Selma à Montgomery: la nuit où les étoiles sont sorties en Alabama » de Louise Hammouda, il est question des marches pour la liberté de 1965 présentées par le biais de l’étude de quatre chansons associées au répertoire des « freedom songs »: «We Shall overcome», «A Change Is Gonna Come», «This Little Light of Mine» et «Ain’t Gonna Let Nobody Turn Me Around». Le texte s’intéresse non seulement à ces chansons, leur histoire et leur genèse, mais également au soulèvement populaire ayant pour but la reconnaissance juridique. La musique qui raconte, qui accompagne et qui soutient ce mouvement social et ce combat pour la justice est sans aucun doute une musique comme fait social, qui fait l’histoire, et qui est ancrée dans les pratiques et les communautés. Pour reprendre les mots de l’autrice: «plutôt de s’adresser seulement aux institutions, les quatre chansons analysées dans ce texte, ont été écrites pour et chantée par le peuple. Elles rassemblent, encouragent, et portent les valeurs du Mouvement».
​Dans «1992: Les émeutes de Los Angeles en quatre beats», Guillaume Lussier revient sur la musique touchant les émeutes de Los Angeles de 1992. Déclenchées par les verdicts de non-culpabilité des quatre policiers qui avaient battu l’Afro-Américain Rodney King, beaucoup y ont vu à l’époque une bavure de trop, une preuve du mépris raciste de l’institution envers la communauté noire. Nous replongeant dans le contexte de la fin des années 1980 à Los Angeles, dans celui de la guerre faite aux gangs de rue, sorte d’extension à la politique de la guerre contre la drogue initiée quelques années plus tôt par le président Nixon, l’auteur fait l’analyse de textes des chansons de N.W.A., Ice Cube et Dr. Dre. Ces chansons incarnent l’expression de la frustration partagée par des Afro-Américains devant le verdict sur l’affaire King, ainsi que la volonté de se révolter. Dans ce cas-ci, sur le plan sociologique, il s’agit d’une forme de mépris ponctuel, ciblé et répétitif: profilage racial, violence et brutalité policière envers les minorités visibles. L’histoire se répète, et l’affaire George Floyd nous a rappelé encore une fois en 2020 que cette lutte pour la reconnaissance n’est pas terminée, et qu’il y a trop de gouttes qui font déborder le vase.
​Une autre dimension fondamentale de la reconnaissance est traitée dans ce numéro avec le texte «La Sonate pour alto et piano de Rebecca Clarke (1886-1979): une œuvre subversive?» de Sarah-Anne Arsenault. En replaçant l’étude de la vie et des œuvres de Clarke dans l’histoire du canon, le texte présente une introduction à l’œuvre d’une compositrice qui s’est produite à travers le monde et dont on a comparé le talent à celui de ses contemporains masculins. L’autrice se demande alors: « Pourquoi, si son œuvre était comparable à celle de Bloch, Ravel et Debussy, Rebecca Clarke n’a-t-elle pas fait carrière en composition?» Poser la question, c’est déjà y répondre en partie : une invitation à prendre acte du peu de place fait aux femmes créatrices dans l’histoire.
​Dans un tout autre registre, ce numéro se termine avec deux critiques d’album. Avec «Je tiens les clés de la mort et de l’enfer: Les Matricides, Fuudge», Maxime Bellegarde présente une critique du premier long jeu du groupe stoner psychédélique québécois paru en 2018. Bien que les textes sur l’album traitent de plusieurs sujets typiques du monde du rock (La mort, la religion, Satan, etc.), l’auteur suggère que le mot matricide renvoie «au mal que l’on inflige à notre planète la terre et à son meurtre». Si on extrapole sur le thème du numéro, on pourrait laisser entendre que le mépris se présente ici comme l’incapacité des humains à reconnaître le caractère maternel et matriciel de notre environnement naturel, et a fortiori, l’incapacité à honorer les conditions de possibilité de la survie de la vie sur terre. 
​Dans « Population II: À la hauteur », Luc Drapeau s'est aventuré dans l’univers éclaté et riche du premier long jeu du trio québécois Population II. Premier groupe francophone signé par l'étiquette californienne Castle Face Records, référence dans le rock garage et psychédélique, Population II est un foyer où se rencontrent de manière heureuse de nombreuses influences allant du Krautrock à l’école de Canterbury, en passant le rock québécois et le space rock.
​Pour conclure, on touche ici à la complexité des liens entre la musique et différentes formes d’appel à la reconnaissance. Que ce soit dans l’inclusion des communautés marginalisées et opprimées, dans le partage de la souffrance vécue seule ou en groupe, dans l’exhortation de changer notre rapport à l’histoire, au monde et à la nature, ou encore tout simplement dans l’acte même de création d’œuvres justes et édifiantes, on ne peut nier que la musique «fait société».
Image

Médiagraphie

​Kelly, Robin D. G. 2002. Freedom Dreams: The Black Radical Imagination. Boston, Beacon Press. https://www.beacon.org/Freedom-Dreams-P1855.aspx
 
Table des matières
Musique, Vecteur
​ d'émancipation
© L'Écouteur 2015-2025