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Une poétesse pas comme les autres : Lydia Képinski 
​Par Ève Locat-Racine




Artiste: Lydia Képinski
Album: Depuis
Maison de disques: Chivi Chivi
​Année: 2022
Format: Disque Compact
Image
Figure 1: Lydia Képinski. Depuis. Chivi Chivi, 2022. Livre-Disque compact. Livret avec images, paroles, explications des textes et lexique. 79 p.

 C’est une femme marquante aux références dignes d’une joueuse professionnelle de génie en herbe, en plus d’être une compositrice avec une intelligence musicale sans égale. Depuis son arrivée sur la scène musicale du Québec, Lydia Képinski impose son style flamboyant partout où elle passe. Dévoilée au grand public pour la première fois lors de la 21e édition du concours des Francouvertes, édition qu’elle a d’ailleurs gagnée, cette artiste arrive comme un vent de fraicheur dans le paysage musical québécois. 
​Née à Montréal dans le quartier Mile End d’un père polonais et d’une mère québécoise, Lydia Képinski s’inspire de ce qui l’entoure. Sur ses deux albums, Premier juin et Depuis, l’autrice-compositrice-interprète présente sa vision du monde sur une musique électro-pop assumée. Chaque chanson permet de se plonger dans son monde unique où chevalerie et références pop-culturelles se rencontrent, entre autres. Pour ses paroles, elle prend exemple sur des grands de la chanson d’ici, comme Richard Desjardins, et s’amuse à jouer avec les mots (Lapointe 2018). Son album Depuis présente ainsi des pièces avec des textes réfléchis et originaux, chantés sur une musique aux accents électro-pop avec quelques emprunts inspirés de la scène rave et de l’eurodance. Ces sonorités dansantes évoquent celles des années 1990, qui ont été popularisées au Québec par des artistes comme Ariane Moffatt et Bran Van 3000. 
​Dans le cas de Lydia Képinski, c’est une influence techno sans compromis, parfaite pour danser, qui nous est servie. En effet, comme dans la culture rave, la danse est indispensable pour la chanteuse lors de ses performances :
​« Toute personne assise sera éliminée » prévient d’ailleurs celle-ci lors d’une entrevue portant sur sa dernière tournée (Marcoux 2022). Avec Depuis, Lydia Képinski veut faire bouger son public. La musicienne avait livré un avant-goût de sa nature plus électro quelques années plus tôt avec une version remix de son premier opus, Premier juin. Avec l’aide de son fidèle ami et réalisateur Blaise Borboën-Léonard, elle présente sur Depuis des pièces aux sonorités épiques dans un style aujourd’hui peu présent au Québec dans le milieu musical francophone. Avec Depuis, ses nouvelles chansons se veulent comme une rétrospective de sa vie et ses expériences. Les textes traduisent une inspiration ancrée dans le réel mais basée sur des référents passés; on y fusionne orchestrations raffinées, synthétiseur et instruments électroniques. Dans le texte qui suit, les paroles et la musique de cet album né du confinement de la pandémie de la COVID-19 seront analysées.

Une mythologie à saveur moderne

​Lydia Képinski est une autrice dont les textes laissent paraître ses connaissances littéraires. En effet, dans ses deux albums, elle fait référence à des nouvelles (ex. Le mentir-vrai d’Aragon dans la chanson « L’imposture ») et des chansons tirées de l’imaginaire collectif (ex. le générique de la série les Mystérieuses Cités d’or dans la chanson « Les routes indolores »). Ces connaissances donnent à ses compositions une dimension presque éducative! Dans son album Depuis, la chanteuse s’amuse à utiliser des archaïsmes et histoires du Moyen Âge pour évoquer ses situations amoureuses et personnelles. Comme un leitmotiv tout au long de l’écoute, ces « références mythologiques et historiques » sont présentes dans au moins la moitié de ses textes (Radio-Canada). Par exemple, dans la pièce « Anaël », l’autrice se met dans la peau d’une païenne follement éprise d’un jeune homme d’Église (Képinski 2022 : p. 49 du livret). Prenant la forme d’une fable érotico liturgique, cette pièce raconte l’histoire d’un amour impossible. On y retrouve des concepts judéo-chrétiens côtoyant des phrases quelque peu irrévérencieuses : « Je suis venue me déposer nue sur ton autel / sous la fresque éléphantesque de la chapelle / manger ceci est mon corps, buvez ceci est mon sang / est mon sang » (« Anaël », 1:00). Ici, Képinski cite directement la Bible pour exprimer son désir dans une chanson portant le nom de l’ange « responsable des humains sur le plan sentimental et sexuel. » (Képinski, 2022 : p. 49 du livret). Dans ce cas-ci, l’autrice-compositrice-interprète écrit mot pour mot le texte duquel elle s’inspire. 
​Il lui arrive aussi de s’amuser à répondre aux écrivains qu’elle cite. Par exemple, dans la pièce « L’imposture », l’autrice reprend pour son refrain une demi-strophe tirée d’une nouvelle de Louis Aragon en ajoutant ses mots au propos du poète : « Légende ou mensonge / qui pourra rompre le songe / sinon moi » (« L’imposture », 1:57). Avec cette chanson, Lydia met en lumière ce sentiment d’imposture qu’elle ressent parfois lorsqu’elle fait preuve de désinvolture, même si elle se soucie réellement de la situation. (Képinski 2022 : p. 11 du livret). Cette pensée peut faire écho au concept du Mentir-Vrai développé par Aragon, où fiction et réalité s’entrecroisent. En ajoutant ces vers (qui pourra rompre le songe / sinon moi), elle amène une réflexion sur le contrôle qu’elle possède de sa propre réalité. Elle est seul maître de son destin et de sa carrière. Il est possible de trouver des références comme celle-ci dans chacune des pièces de l’album, références qui exposent tous les prismes de l’histoire de la jeune Montréalaise. 

Un son mythique et électronique

​Dans sa production, Képinski fait usage de plusieurs techniques musicales qui façonnent son identité musicale électronique. L’une de celles-ci est le collage. Cette méthode consiste à récupérer un extrait sonore, musical ou non, et l’intégrer à une nouvelle composition. En créant ce montage, l’artiste qui use de l’échantillon peut le modifier à son goût et lui donner un tout nouveau sens. Sur cet album, l’autrice-compositrice-interprète utilise cette technique dans plusieurs pièces. Par exemple, dans la dernière piste, la voix est juxtaposée au discours d’un ancien premier ministre du Québec, René Lévesque, déclamé à Paris en 1977 (« Chlorine », 4:52). Dans ce contexte, les paroles du politicien viennent supporter l’histoire que construit l’autrice. L’idée d’amalgamer sa création à une prise de parole politique lui est venue à la première écoute de cette allocution. (Képinski 2022 : p. 62 du livret). Képinski avait été touchée par la vision poétique empreinte d’humanisme que l’homme avait du Québec et par la sincérité du texte qu’il avait récité. Pour sa chanson, elle a échantillonné et fractionné des parties de l’enregistrement de Lévesque et y a ajouté des interventions personnelles pour « permettre une conversation entre le discours politique et le discours amoureux. » (Képinski 2022 : p. 62 du livret). Les effets ajoutés aux voix qui se répondent donnent un résultat original qui renvoie l’image d’une conversation où l’un complète les phrases de l’autre. 
Lydia Képinski. "Lydia Képinski -Chlorine (Audio)", vidéo YouTube. https://youtu.be/cA2AvTiOU70?si=n86aPxln1ouxkwUD 
​Sur sa pièce « Deux Jours », Képinski met en valeur un échantillon d’une façon plus épurée que dans « Chlorine ». En effet, elle fait ici honneur à l’un de ses amis en utilisant sa voix pour introduire et conclure sa chanson. Par ailleurs, le message transmis par l’échantillon utilisé à la fin résume très bien la morale de la pièce : « Donc on en profite on fait une petite folie / ce soir » (« Deux jours », 5:15). Cette idylle amoureuse lors d’un voyage demeurera une aventure sans suite, empreinte de liberté. En utilisant des messages vocaux qui lui ont été envoyés, la chanteuse vient chercher l’intérêt de l’auditeur en lui présentant une partie de sa réalité. Ces audios sont récupérés comme un gage d’authenticité de l’histoire que raconte l’artiste. 
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Figure 2: Lydia Képinski, Festif de Baie-Saint-Paul, Été 2023.
Photo : Ève Locat-Racine


​​Avec cet album, Lydia Képinski offre des textes introspectifs qui traduisent son amour du milieu littéraire et une intention claire de créer des histoires qui nous transportent dans des réalités qui l’inspirent. Sa compréhension du genre techno et des codes de ce style fait d’elle une artiste aguerrie. Ce deuxième album est une suite logique de sa production antérieure. Peu de gens connaissent son album Premier Juin Remix, qu’elle a sorti en 2019. Pour ce projet, la chanteuse a travaillé avec plusieurs artistes de la scène DJ montréalaise. Le fruit de leur travail a donné lieu à d’excellentes reprises rythmées, influencées par le style de chacun des artistes qui l’ont accompagnée. Il n’était que logique que, suivant cet appel de l’électro, l’autrice-compositrice-interprète donne comme produit, quelques années plus tard, un album pop-alternatif électronique contaminé par la fièvre de la danse. 
​Dans son premier album, ses inspirations étaient surtout tirées de la culture populaire québécoise, comme Luc Plamondon ou la série Les Mystérieuses Cités d’or. Sur Depuis, Képinski s’est trouvé une ligne directrice électro et textuellement riche, et cela lui réussit. Sa vision de l’écriture est rafraichissante : et rappelle justement l’imagination des mondes de Plamondon. Avec « Chlorine », la chanteuse fait appel à la nostalgie par ses repères de l’enfance, comme la grenadine et la piscine ; avec « Vaslaw », elle nous impose de bouger au même rythme que le danseur, personnage principal de sa chanson. Finalement, je ne peux passer sous silence mon appréciation de la voix de l’artiste. Son timbre unique est parfait tant pour le style pop qu’elle développait au début de sa carrière que pour les nouvelles sonorités qu’elle expérimente aujourd’hui. Son énergie et sa passion transcendent l’enregistrement.  Nul doute que son prochain album nous montrera, encore une fois, une Lydia assumée et réinventée.  ​
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Médiagraphie:

Coulombe, B. (2022, 22 avril). Critique – Lydia Képinski - Depuis. Le Canal Auditif. https://lecanalauditif.ca/critiques/lydia-kepinski-depuis/

Lapointe, J. (2018, 16 avril). Lydia Képinski: poétesse rock. La Presse.
 https://www.lapresse.ca/arts/musique/entrevues/201804/16/01-5161254-lydia-kepinski-poetesse-rock.php

Marcoux, V. (2022, 4 octobre). « Toute personne assise sera éliminée », prévient Lydia Képinski. Le soleil. https://www.lesoleil.com/2022/10/05/toute-personne-assise-sera-eliminee-previent-lydia-kepinski-b9bfb5ba21eee43395133d906e994e2d/

Radio-Canada. (2022). Depuis : la fable autobiographique de Lydia Képinski. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1878265/depuis-lydia-kepinski-album-mtl-me-deteste

Renaud, P. (2023, 23 avril). Lydia Képinski est un être supérieur. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/culture/musique/702114/lydia-kepinski-est-un-etre-superieur  

Sans Filtre Podcast. (2022). Sans-Filtre #203 – Lydia Képinski [vidéo]. Youtube. https://youtu.be/bN6g4ZKywAcrY

Urbania.(2018). Laurence Jalbert & Lydia Képinski - Autour du Jukebox [vidéo]. Youtube. https://youtu.be/x5XQszI2Sug
​

Képinski. L. (2022). Depuis. [CD-livre].  Chivi Chivi , 79 p.

Boisdeffre, P. (Janvier 1996). Aragon ou le mentir-vrai. Revue des Deux Mondes. https://www.revuedesdeuxmondes.fr/wpcontent/uploads/2016/11/73873eb2efc201af921fa4c75300782c.pf

Lépine, P. et Morissette, E. (1999). LES NOMADES URBAINS:
Étude exploratoire du mouvement rave à Québec. 
Éditions Botakap, 159 p.
​
Bellemare, L. (Mars 2015). Musique pop au Québec (Canada français). L’Encyclopédie canadienne. Musique pop au Québec (Canada français) | l'Encyclopédie Canadienne
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